Et si c’était la bouche de bébé qui était trop petite ?

Un de mes champs principaux d’expertise est le support à l’allaitement. Notamment quand les repas autour du sein ne se passent pas tout à fait comme il faut (et riment avec tensions, pleurs et émotions).

Alors que tous les regards se tournent vers la mère, mon attention à moi se dirige majoritairement vers le bébé.  Je vous ai déjà parlé de cette culpabilité déjà trop présente lorsqu’on est enceinte juste ICI. Malheureusement, cette culpabilité a tendance à doubler si ce n’est pas tripler dès l’accouchement.

Vous devez maintenant prendre soin de ce bébé que vous avez bâti et attendu si longtemps. Votre première tâche, le nourrir. Certaines y vont avec le biberon direct, alors que d’autres veulent allaiter coute que coute.

J’ouvre la parenthèse ici, que cet article n’est pas pour faire « la promotion » de l’allaitement. Ce sujet est devenu tellement polarisé, que ça devient étourdissant. Mon objectif est d’éclaircir une cause très méconnue causant des troubles d’allaitement. Alors, que vous souhaitiez allaiter un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout, acceptons toutes ensemble « qu’une femme avertie en vaut quatre »!

La phrase que j’entends le plus souvent : « je vais essayer ». C’est donc souvent autour du sein qu’échangeront maman et bébé leurs tout premiers moments d’intimité. Malheureusement, un climat de stress se crée souvent très rapidement. Que ce soit à l’hôpital, à la maison, sous les regards bienveillants (!) de votre conjoint ou de mère et belle-mère, les conseils et analyses fusent de partout. Les nouvelles mamans retiendront quelques infos, en ignoreront une bonne partie et focaliseront sur leur propre instinct (en googlant probablement en douce certaines de leurs questions).

Dans le meilleur des mondes, à force d’amour et de « vise le nez avec le mamelon », l’harmonie autour du sein revient. Mais parfois… Non. Et lorsque bébé ne prend pas assez de poids, les regards s’alourdissent et la culpabilité de la mère monte en flèche. Maman modifie ci et ça. Change sa prise. Crème ses mamelons. Utilise des aidants (téterelle, DAL, cup, tire-lait, préparation complémentaire). Et si malgré tous ces efforts rien ne fonctionne, alors rien ne va plus.

Ma question à moi : et si c’était la faute du bébé?  Je le dis ainsi avec humour aux mamans de mes mini-patients. Comprenez-moi bien, je suis pleinement consciente que votre bébé est parfait. Cela dit, il ne faut pas oublier que bébé vient de vivre un marathon. Je dis marathon, mais on parle plutôt d’un genre de Spartian Race/ Iron man. Même si l’accouchement s’est bien déroulé dans l’ensemble, bébé peut quand même avoir développé des tensions à différents degrés d’intensité dans son cou, sa tête, son épaule et/ou sa mâchoire. Si, en plus, bébé a eu besoin d’un peu d’aide (forceps ou ventouse) ou qu’il a offert une prestation digne du Cirque du Soleil avec son cordon, les chances qu’il se soit « coincé » quelque chose augmentent.

Les symptômes de petites ou grandes tensions seront souvent plus visibles durant l’allaitement. La raison est qu’il est plus facile d’adapter le biberon à l’angle souhaité que le sein. Toutefois, au-delà de l’allaitement, il n’est pas rare de voir des bébés préférer la prise de telle ou telle tétine, ou bien une maman avoir « un bras préféré » pour donner le biberon. Dans ce cas aussi, la question se pose : « Et si c’était plutôt le bébé qui avait une préférence ? ».

On n’y pense pas toujours, mais c’est assez compliqué comme séquence de téter/respirer/avaler. Ça demande d’être « rodé » au quart de tour. Et pourtant, bien que nous comprenions que les tensions qui dérangent bébé aient un impact sur les boires, la responsabilité de l’allaitement est toujours remise à la mère. Mais l’allaitement est un gros travail d’équipe! Les tâches se séparent entre une maman, un sein gorgé (de lait et d’émotions) et un bébé qui a faim! (Je ne sais pas pour vous, mais lorsque je suis affamée et/ou épuisée, ma patience et ma conciliation en prennent un coup!).

Changeons donc un peu la formulation des phrases :

« Mon mamelon est trop gros »  « sa bouche n’ouvre pas assez grand ».

« Ce sein ne produit pas autant que l’autre »  « il tête moins bien de ce côté » ou « Il tourne moins sa tête de ce côté ».

Lors d’une chicane autour du sein, prenons conscience de tous les membres de l’équipe. Vous êtes partenaire d’une nouvelle maman? Aidez-la surtout à trouver une solution qui a du sens pour elle.

Au-delà de mon rôle en chiropratique pédiatrique, dont je vous explique les détails dans cet article juste ICI, je tiens à vous parler de plusieurs autres ressources qui existent pour solutionner une problématique de boire ou d’allaitement. Demander de l’aide est souvent très difficile pour la nouvelle maman. D’où l’importance d’en discuter avant la cascade hormonale du post partum.

Voici quelques ressources intéressantes:

Vous doutez qu’une nouvelle maman dans votre entourage puisse souffrir d’un « baby blues » (dépression post-partum)? N’hésitez pas à en discuter avec elle et orientez-la vers un professionnel de la santé compétent : médecin, psychologue, infirmière praticienne.

En vous souhaitant à tous des mamans, des bébés et des seins bien heureux

Dre Sophie