C’est une photo de Joëlle, aussi collabo pour Roby & Cie qui m’a inspiré ce texte. Elle y présentait une photo d’elle, en train d’allaiter sa fille Mali. La photo était tellement touchante, empreinte d’amour et de tendresse, qu’elle m’a instantanément remémoré des souvenirs, pourtant pas si lointains.

On en a déjà parlé sur le blogue, l’allaitement est un choix hyper personnel et personne ne devrait avoir le droit de juger nos choix de mamans. Pour ma part, j’ai allaité exclusivement ma fille jusqu’à ses 9 mois. Allaitement exclusif qu’est-ce que ça veut dire? Tout simplement que ma fille n’a pas bu au biberon ni de lait maternel ni de préparation commerciale durant cette période.

Tout ça, ça s’est fait le plus naturellement du monde. Après 2 ou 3 semaines de rude entraînement, ma fille prenait bien le sein, je produisais assez de lait pour satisfaire son estomac de gourmande et moi j’étais bien là-dedans.

Puis le temps a passé. Ma fille a grandi et est venu le moment de me poser la question que toute maman qui allaite vient à se poser : et si c’était déjà la fin? Avec le recul, je pense que j’aurais aimé continuer à l’allaiter plus longtemps, mais c’était important pour moi qu’elle s’habitue aux biberons avant son entrée à la garderie.

Je voulais qu’elle développe une certaine indépendance, qu’elle apprenne à s’endormir toute seule (bon, on a encore pas mal de chemin à faire sur ce point, mais l’intention était là), qu’elle ne réclame plus le sein dès que je la prenais contre moi. On a donc décidé d’introduire tranquillement les biberons, le soir au moment du dodo. Pour éviter de créer de la confusion, on a convenu que ce serait papa qui lui donnerait. Les premiers soirs ont été un peu chaotiques, puis à ma grande surprise, elle a rapidement fait la transition complète aux biberons comme une vraie championne olympique.

À partir de là, la page était tournée. C’était maintenant le biberon qu’elle voulait. Et surtout, elle voulait son papa.

Et dans ma tête à moi : ça y est, elle n’a plus besoin de moi …

Et dans mon cœur à moi : un déluge de tristesse gros comme le monde …

S’en est suivi une période difficile émotivement. Comme ci soudainement je me sentais rejetée, oubliée, mise de côté. Ma fille, elle qui aurait déplacé des montagnes pour s’endormir fusionnées à mon sein, prenait maintenant plaisir à téter un embout en plastique plutôt que la chaleur de mon sein.

Avec le recul, je réalise que c’était correct que ça se passe ainsi. Ça a permis à mon chum de développer une complicité absolument attendrissante avec notre fille. Et moi, ça me faisait du bien de savoir qu’elle trouvait réconfort dans les bras de quelqu’un d’autre que moi.

Je ne vous mentirai pas, j’en ai versé des larmes lorsqu’elle réclamait les bras de papa au détriment des miens. J’avais tellement peur de perdre ma place dans son cœur. Cette idée me hantait. Les semaines ont passées, et tranquillement j’ai réussi à rebrancher les fils de notre connexion mère-fille. J’ai commencé à lui donner moi aussi le biberon. J’ai commencé à retrouver confiance en mon rôle de maman.

Puis un soir, alors que je la berçais, elle m’a soudainement fait le plus doux et aimant sourire du monde. Comme ci derrière ce sourire, elle me disait: tu n’avais pas à t’inquiéter maman, tu es et tu resteras à jamais la #1 dans mon cœur.

J’ai versé une autre larme, et je l’ai déposée dans son lit, le cœur léger.

 

Crédit photo de couverture : Joshua Reddekopp