Cette semaine, j’ai entendu Étienne Boulay parler à la radio de son nouveau livre Le parcours d’un battant. Il abordait ses émotions concernant son retour après la toxicomanie… Cette expérience qui a vraisemblablement transformé le cours de sa vie, négativement au départ, mais ensuite pour le mieux.

Je l’écoutais particulièrement attentivement parce qu’il explorait son intensité, la portait “responsable” de cette manière qu’il a eu de se lancer à fond dans la drogue. J’étais de plus en plus persuadée que l’angle de son discours à venir serait qu’il avait travaillé fort pour la modérer, cette intensité….à la fois ange et démon.

Mais non!

Étienne Boulay voulait en fait témoigner de sa reconnaissance envers cette facette de sa personne, cette fameuse intensité!

Je ne vous partage pas les propos de cet ex-footballeur pour simplement discuter de sa vie à lui. Je me suis sentie touchée et rejointe par ses mots.

Cette intensité, je la connais, elle gère ma personnalité depuis que je suis toute petite. Un jour, alors que j’étudiais à l’université, j’avais lu un livre de Lucie Mandeville qui s’appelait Le bonheur extraordinaire des gens ordinaires. Cette psychologue qui en était l’auteure était disponible à l’université à laquelle j’allais, à mon grand bonheur…

Je suis entrée dans son bureau et lorsqu’elle m’a demandé ce qu’elle pouvait faire pour moi, je lui ai dit mot pour mot que je souhaitais trouver la zone grise de ma personne, cesser d’être aussi intense.

Lucie Mandeville m’a offert de m’asseoir et m’a écoutée durant la prochaine heure lui exprimer la souffrance que me faisait vivre cette intensité d’émotions…Je lui racontais des séquences de ma vie de jeune adulte, des moments lors desquels je m’étais sentie littéralement contrôlée par mon intensité, les hauts et bas qui s’étaient souvent succédé à une vitesse impressionnante.

À la fin, comme si elle avait lu dans ma personne, elle m’a dit qu’elle ne me ferait pas de cadeau si elle m’aidait à irradier cet aspect de moi, à éteindre mon feu intérieur, car sans lui, je perdrais ma fougue, ma “drive” ou appelons-la comme nous voulons.

Lorsque j’étais jeune et seule, il n’y avait que moi dont je devais me préoccuper. Aujourd’hui, j’ai deux enfants, un Maori de 3 ans et demi et une Violette d’un an et demi…et devinez quoi? Tous deux transpirent déjà cette fougue, cette énergie toute puissante qui donne envie de changer le monde. De l’autre côté, une frustration ou une peine deviennent un évènement en soi pour Mao qui est en âge de vivre beaucoup de colères et de déceptions.

Ma peur de ne pas apprendre à mes enfants comment gérer leurs émotions adéquatement, de ne pas être apte à leur transmettre une force sur laquelle je travaille encore aussi fort…à 30 ans…est immense.

Entendre Maori me présenter des excuses que je ne lui ai même pas demandées, en guise de retour suite à une crise de colère…voir cette étincelle d’introspection qui l’habite déjà, deviner cette ébauche de “culpabilité” à travers ses mots : “maman je suis désolé, je n’aurais pas du faire une grosse crise comme ça. Je ne ferai plus de crise”…Sentir qu’il se sent impuissant face à ses émotions qui le dominent par moments…J’en suis bouleversée.

Mais j’essaie de m’accrocher à des mots tels que ceux, aussi simples soient-ils, prononcés par Étienne Boulay à la radio. Je tente de me rappeler tout ce que ma flamme m’a permise d’accomplir, ce sentiment de “puissance” qu’elle m’a aussi souvent offert en cadeau lorsque je suis dans l’action. C’est ce que je me dois de transmettre à mes enfants, en parallèle de cet apprentissage que nous ferons sans doute ensemble, cet apprentissage de gestion des émotions.

Je me relis et prends conscience que, pour un premier article sur ce blogue, je vous ai offert une sacrée dose de vulnérabilité…Quoi qu’il en soit, je suis heureuse d’avoir partagé cet aspect de ma vie avec vous les mamans!