Cette phrase, je l’entends toutes les semaines et j’ai de plus en plus de mal à cacher mon malaise devant mes patientes. Hiiii la la. Comme c’est culpabilisant être une future maman en 2017. Laissez-moi « drette là » mettre au clair que non, la grossesse n’est pas une maladie, même si on google maintenant « symptômes + grossesse » comme on le fait avec le cancer.

Oui, l’ère moderne et la médicalisation de la grossesse ont permis de sauver des millions de vies, mais l’ajout d’internet a créé un monstre qu’il est maintenant difficile d’enrayer. Vous n’êtes pas malades, mesdames, vous fabriquez un nouvel être humain, et ce, avec des outils encore à ce jour mal compris par la science! C’est magnifique et un peu intensément déboussolant à la fois. Ce qu’on oublie trop souvent c’est qu’une femme est physiquement conçue pour devenir enceinte. C’est grossièrement dit et il y a, évidemment, toutes sortes de variantes, mais c’est quand même ça qui est ça. On a des hormones qu’on sécrète tous les mois depuis l’adolescence pour ça. On a un bassin plus large pour ça. On a du gras de cuisse pour ça. Autant lui faire confiance une fois le jour G venu!

Les processus d’adaptation de la grossesse sont tellement nombreux.
– La posture change pour mieux gérer le nouveau poids à transporter.
– La plante des pieds s’affaisse et leur angle change pour augmenter l’équilibre.
– Le bassin s’élargit pour mieux permettre le passage.
– Les réserves de gras s’accumulent pour faire du lait plus calorique.

Évidemment, comme tout cycle hormonal, même si ces transformations ont un but précis, elles ne sont pas toujours confortables. La clé devient alors la prévention. On ne peut, bien sûr, pas tout prévoir. Même avec les meilleures habitudes de vie, on peut se retrouver avec une thyroïde qui capote, un col utérin un peu frivole ou un diabète qui s’invite sans crier gare. Toutefois, ce qui « gosse » le plus au jour le jour, c’est les douleurs (au cou, au dos, au pubis, dans la fesse,
dans le bas du dos, dans les mains/pieds …). Et ça, ça se prévient (oh wow)! La douleur sciatique fulgurante au 3e trimestre où on se sent comme le bossu de Notre-Dame n’est pas un passage obligé.

Crédit image : AQCPP

En chiro-périnatale, je vais conseiller à mes patientes de venir consulter vers la 12e semaine (ou plus tôt si des symptômes précoces se manifestent). Généralement l’inconfort dans une fesse ou dans l’autre se fera sentir dès les premiers changements de grossesse. Dans ce timing, on peut donc préparer le bassin à la première poussée de croissance du futur bébé tant attendue. Après ça, on aide le corps de la maman à éviter, entre autres, les douleurs sciatiques, le souffle court
ou les reflux gastriques (en relâchant la cage thoracique et le diaphragme) et les douleurs au pubis (celles qui ont déjà eu mal à la symphyse pubienne savent de quoi je parle!). En même temps, les traitements optimisent la place disponible pour l’utérus afin que bébé puisse se positionner dans la meilleure position possible (c.-à-d. la tête en bas).

Plusieurs autres professionnels de la santé peuvent avoir des plans de match complémentaires au mien. Plusieurs exercices ou activités peuvent être recommandés afin que vous puissiez vous aider par vous-même à la maison. L’idée dans tout ça c’est de ne pas laisser la douleur s’installer comme un symptôme normal de la grossesse. Parce que non, bien que compréhensible, ce n’est pas « normal » d’avoir mal parce qu’on est enceinte.

Dre Sophie