Bientôt nous quitterons le pays et partirons découvrir une partie de tes origines pendant quelques jours. Ne t’inquiète pas, nous reviendrons à la maison. La tête remplie, le coeur léger, la peau plus foncée. Tu ne te souviendras pas de ce voyage alors qu’il représentera, je l’espère, une expérience d’amour et d’émerveillement ainsi qu’un souvenir heureux pour ton père et moi.

C’est fou pareil, tu ne trouves pas? Que quelque chose que je prends tant de temps à préparer afin que tu sois confortable et que ça se passe de la façon la plus légère possible marquera nos coeurs et ton développement, mais pas ta mémoire. Si tu veux, je te le raconterai quand tu seras grande, pour que tu l’imagines, pour que tu aies envie d’y retourner, sans nous, pour grandir avec tes cousin(e)s, découvrir d’autres parcelles de ce pays qui est un peu le tien.

Je me demande parfois si chaque chose que je fais, si chacune de mes interventions auprès de toi auront un impact plus tard. Est-ce qu’elles auront une incidence sur la personne que tu deviendras, sur ces difficultés avec lesquelles tu devras apprendre à cohabiter, sur ces forces qui feront de toi la femme que tu auras envie d’être? Est-ce que je me trompe souvent? Est-ce que je devrais faire autrement pour ne pas trop affecter ton développement?

Tu sais, il y a tellement de théories qu’il m’arrive de ne plus savoir où me tourner. Parfois, j’hausse le ton. Je sais, je ne devrais peut-être pas. Je m’excuserai en te disant que je suis fatiguée. Je me sentirai pardonnée le lendemain quand tu me tendras les bras pour me donner des bisous et que tu me souriras avec tes yeux. Mais est-ce que ça aura laissé une trace dans ton petit cerveau en constante évolution? Les autres me diront probablement de me calmer, qu’il ne faut pas capoter, que c’est normal parfois de sortir de ses gonds, tout comme à d’autres moments ma patience semble infinie. On ne peut pas s’en demander trop. Je sais qu’ils ont raison. Mais je continue de me questionner parce que je crois que c’est sain quand c’est fait de façon équilibrée.

T’accompagner dans ce cheminement vers la vie adulte m’apprend également énormément sur la femme et la mère que je suis et que j’aimerais devenir à travers les années qui passeront à tes côtés. Toi aussi, tu me diras surement de me calmer. De ne pas passer mon temps à philosopher. Je sais que tu as raison, mais ne t’inquiètes pas je ne le fais pas trop souvent. Je le fais ici, sur ce blogue, car je m’y sens un peu comme à la maison.