La lune n’avait même pas fait un tour complet de la Terre depuis que je sniffais le dessus de la tête de l’humain que j’avais fabriqué qu’on me mettait déjà de la pression pour que « je ne m’oublie pas » à travers les sessions d’allaitement.

C’est que je marche pareil comme Michael Scott après sa série de vasectomie / chip chop chip chop et mon utérus n’a pas encore repris sa place initiale. Je peux-tu reprendre mon souffle un peu à la ligne d’arrivée ?

On dirait qu’une mère, ça ne peut jamais prendre ça « slow ». Il y a toujours la culpabilité qui attend au coin du mur pour te faire faire le saut. Et ça marche, t’es déjà sur les nerfs parce que la maternité, c’est un peu un examen à choix multiples : qu’importe le nombre de livres que tu as lu pour te préparer, ce n’est pas long que tu te retrouves à répondre un peu au hasard en te disant « ouin, fait longtemps que j’ai pas sélectionné B » (mais ça, on appelle ça « l’instinct. »)

La femme a toujours eu le rôle du « caring ». Depuis quelque temps, il y a une insistante et oh combien essentielle volonté de l’affranchir de cette charge mentale là pour qu’elle puisse vivre son humanité sans étiquette. (Je ne parle PAS du concept des mères à boute.) Sauf que je me sens un peu comme un porte-feuille d’investissements. Il ne faut donc pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, alors je m’éparpille, je ne pourrais plus jamais être « all in ».

Mais moi, dans les premiers mois de vie de mon fils, j’avais juste envie de ça, être sa maman. Ce n’est pas que j’étais anxieuse de couper le cordon. Ça ne me tentait juste pas. J’étais bien, je sentais que je vivais les plus beaux moments de ma vie. Je n’avais pas envie de vivre des affaires et de sortir sans lui. Je ne me sentais pas moins moi. Je ne me sentais pas loin de mon chum même si on avait de la difficulté à se voler plus d’un bec par jour. Je ne ressentais même pas le besoin d’écrire sur autre chose que ça.

Mais j’ai ressenti une maudite grosse pression de le faire quand même.

Je me doutais bien que la fatigue, mes envies frivoles de spontanéité, mes besoins de moments à moi se résumant à plus de 5 minutes sous une douche chaude, de m’accomplir autrement et celui de juste jaser d’autre chose que du contenu de ses couches me rattraperaient. Mais pourquoi prendre de l’avance sur ce que je ne ressentais pas encore? La maternité est-elle tant que ça une bombe à retardement?

Je suis à des années-lumière de la mère que je croyais être. Je suis le cliché en personne : je ne me souviens plus de la vie avant lui, il a toute toute toute changé ce que je pensais savoir et vouloir.

J’ai la chance que ma passion me permette aussi de payer mon loyer. En d’autres mots, je travaillais beaucoup et je pensais trouver le temps très, très long avant de renouer avec mes projets professionnels. Mais là, je commence verbaliser que je ne pense pas vouloir envoyer mon fils à la garderie à temps plein tout de suite. Et le même discours revient, encore plus insistant : «  t’étais une femme avant d’être une mère. » Le problème avec cette phrase toute simple c’est qu’elle sous-entend qu’il y a une bonne façon d’être une femme. Comme si l’équilibre « mère-femme » était universel pour chacune.

Mettons là que je me sentais sur mon X à composer des comptines à temps plein à la maison*, ça ne ferait pas de moi une moins bonne féministe.

* ÉVIDEMMENT que je sais qu’être maman à la maison c’est plus que de composer des comptines.