J’ai toujours rêvé d’avoir une belle grosse famille, plusieurs enfants pétant de santé. Mais parfois, la vie vous fait une petite frousse qui vient calmer vos ardeurs.

Le 5 juin 2018. Mon conjoint et moi avons rendez-vous au CHUL pour la fameuse deuxième échographie. Celle où nous allions savoir ce qui se cachait dans ma très petite bedaine. Nous étions fébriles et très heureux de voir une seconde fois bébé à l’écran. On ne pouvait pas se douter que notre petit monde allait s’écrouler entre les quatre murs de la salle d’échographie. Notre bébé a été diagnostiqué avec un retard de croissance in utero (RCIU pour les intimes) à 22 semaines de grossesse. Le RCIU est diagnostiqué lorsque les mesures prises du bébé sont en dessous du dixième percentile. Il peut être soit harmonieux, qui touche la mesure de la tête, de l’abdomen et du fémur ou disharmonieux, qui touche une mesure ou deux sur les trois. Bref, il se cachait dans ma bedaine un minuscule garçon qui se trouvait au 3e percentile.

Encore sous le choc de la nouvelle, une cohorte de spécialistes débarque et nous donne plein de rendez-vous pour les semaines à venir : échographie de croissance dans deux semaines, rendez-vous de génétique, prise de sang, etc. Ils nous ont bookés les deux prochaines semaines sans vraiment nous expliquer quoi que ce soit. Un deux semaines à fouiller sur internet pour trouver des témoignages similaires à ma situation pour essayer de juste comprendre un peu ce qui arrive. Nous avons été un bon deux semaines à culpabiliser. Est-ce que je travaille trop? Est-ce que j’ai mangé quelque chose que je n’aurai pas dû? Qu’est-ce qu’on a fait pour que notre deuxième bébé soit si petit alors que le premier était considéré comme un gros bébé?

Deux semaines plus tard, de retour dans la même salle d’attente (à attendre beaucoup trop longtemps encore). On passe une échographie et des dopplers. Les dopplers, en gros, c’est pour savoir comment ça circule entre bébé et le placenta. Ils vérifient trois veines, une dans le cerveau, une dans le ventre et celles du cordon ombilical. Après on nous renvoie en salle d’attente. Le médecin résident nous appelle enfin. C’est dans une petite salle froide qu’il me regarde droit dans les yeux en nous disant que bébé est presque mort et qu’on doit se faire à l’idée, il n’a pas beaucoup de chance de survie. Il est beaucoup trop petit et le doppler cérébral n’est pas bon, ce qui fatigue son petit cœur. Le résident nous dit que selon lui ça doit être parce que bébé à une maladie génétique ou une anomalie dans ses chromosomes. Qu’il faut pousser les examens et prendre une décision par la suite. Il me dit que si je me rends à 28 semaines ça tiendra presque du miracle. Je fonds en larme. Ébranlé par tout ça, on ne nous laisse pas vivre nos émotions, ils nous attendent déjà pour faire une échographie cardiaque au bébé (qui se révèle totalement normal finalement). S’en suivent le rendez-vous en génétique et la fameuse amniocentèse. Un mal horrible qui accompagne la peur de faire une fausse couche. J’ai été arrêtée au travail et mise au repos total. Interdiction de prendre dans mes bras mon deux ans, interdiction d’aller prendre des marches, de faire du ménage. Je devais rester allongée sur le côté gauche. Il fallait que je concentre mon énergie à faire grandir ce petit coco. J’avais juste à me déplacer une à deux fois par semaine pour mes rendez-vous de suivies à l’hôpital. J’en suis venu à détester cette salle d’attente et à jalouser les belles grosses bedaines rondes des autres femmes.

Chaque semaine qui passait était une petite victoire de plus. Quand j’ai passé le cap de la 28e semaine et que les résultats de l’amniocentèse n’ont rien donné d’anormal, j’ai eu une pensée pour le résident que nous avions rencontré auparavant… Le reste de ma grossesse s’est bien passée, chaque rendez-vous nous apportait de bonnes nouvelles.

C’est à 37 semaines pile, 19h39, que nous avons fait la connaissance d’Antoine. Un accouchement éclair, provoqué, qui a duré quatre heures et deux poussées, pour mettre au monde un petit paquet de 4 livres 9. Petit, mais bien décidé à vivre. J’ai pu le coller contre moi un 10 minutes avant qu’on me l’enlève pour l’emporter à l’unité néonatale. Une nouvelle épreuve. On lui a installé une sonde naso-gastrique pour l’aider à s’alimenter et placer sous couveuse pour qu’il garde sa chaleur. En tout, il a passé 16 jours entre l’unité néonatale et la pouponnière du Centre Mère-Enfant Soleil au CHUL. Je ne remercierai jamais assez tous les gens qui se sont occupés de lui. Ils font un travail extraordinaire.

Nous n’aurons jamais su ce qui s’est vraiment passé. Les tests n’ont jamais donné de résultats anormaux. Mais chose certaine, on est bien content que tout ça soit derrière nous. Antoine est en bonne santé, il est mini certes, mais bien vigoureux! Il rattrapera son grand frère j’en suis sûr! Cette épreuve nous a prouvé que la vie est fragile et que pour le moment ma famille de quatre me convient parfaitement!