J’allais débuté ce texte en écrivant « Je n’ai été enceinte qu’une seule fois » et puis je me suis dis que je ne pouvais pas écrire ça, que je ne pouvais pas penser ça. Ce n’est pas qu’une seule fois, c’est une fois toute entière. Une fois qui sera peut-être la seule, peut-être pas, une fois que tant de femmes souhaiteraient avoir, une fois qu’il ne faut pas banaliser.

En toute honnêteté, malgré la gratitude que je ressens d’avoir pu porté la vie, je n’ai pas particulièrement aimé être enceinte. Bien que cela s’est bien passé, malgré les maux dits normaux (malaises, maux de coeur, maux de tête, etc.), je n’ai pas trippé. Ça me semble terrible à dire sachant que bien des femmes ne demanderaient que cela. Que bien des couples ne rêvent que de cela. Que s’il y a une prochaine fois, ce sera la dernière. Que cette décision n’est pas la mienne, mais bien celle que mon corps m’a imposé. Sachant maintenant la fin de l’histoire, une partie de moi s’en veut de ne pas avoir chéri ce ventre arrondi avec plus d’ardeur. Mais je crois également que toutes les émotions sont légitimes et que, bien malgré moi, je ne réalisais pas ce que cela signifiait entièrement. Et c’est correct.

Maintenant que je connais ma fille, que nous nous apprivoisons depuis les derniers mois, je me surprends, parfois, à m’ennuyer de ma bédaine, de ce qu’elle représentait. Savoir qu’elle était, à ce moment-là, en sécurité dans mon ventre me rassure. Maintenant que ses pieds frôlent le sol de la garderie jour après jour, ce petit cocon dans mon ventre, ensemble, collées, me semble beaucoup plus réconfortant qu’il ne l’était il y a un an. C’est tellement particulier de savoir qu’un petit être humain grandit en soi. Ça ne me semblait pas concret, et ce, même si j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps à la première échographie. Je regarde maintenant ces petites photos en noir et blanc et je vois ma fille, qui prenait son temps, qui grandissait lentement et ça me donne envie de pleurer. Comme toutes les fois où je prend conscience du temps qui défile. Comme toutes les fois où je réalise qu’elle continuera de grandir, de sourire et de dire maman tout doucement. Notre relation a débuté un matin d’avril et elle continuera au fil des années, aussi longtemps qu’elle le souhaitera, que l’on voudra, que l’on pourra.

Parce que le rôle de parent est un privilège que les enfants peuvent nous faire perdre à tout moment. Je ferai de mon mieux pour le mériter, pour que tu ressentes autant de fierté à mon égard que j’en ressens pour toi, pour développer toutes ces qualités que je souhaite te transmettre et j’en passe et j’en passe.