Ma Violette. Tu es née un mois de juillet, il y a plus d’un an. Plus d’un an que je reste avec ce petit goût amer, cette culpabilité. On arrive à se défaire de ça, la culpabilité?

Maori est né dans une ambiance tellement paisible et tellement contrôlée aussi. Maxime et moi avons raconté à qui voulait l’entendre combien cette naissance avait été magique. D’une certaine manière, c’était comme un cadeau que l’on avait fait à Mao d’avoir été aussi soudés, unis, ‘bons’ lors de cet accouchement. On pourrait un jour lui raconter combien sa venue s’était passée de la façon la plus rêvée qu’on ait imaginée.

J’espérais la même chose pour toi ma Violette, je te le jure.

Pourtant, le matin du 6 juillet, mon corps m’a fait comprendre en une demi-heure que tu étais bien pressée. Tellement pressée. J’étais assise dans la douche, en train de me préparer mentalement à aller vivre ce moment avec toi. Je te parlais dans ma tête : je te rassurais que nous allions faire ça ensemble, pour que tout se passe bien.

Ton papa courait dans tous les sens pour se préparer à partir pour l’hôpital et s’assurer que ton frère aurait quelqu’un pour s’occuper de lui. J’étais seule dans le bain et je sentais que ça allait trop vite : mon corps passait toutes les étapes trop rapidement.

Ton papa ne pouvait pas pleinement le comprendre, parce qu’il est habitué de m’entendre être plus expressive que nécessaire. Mes cris et ma souffrance n’étaient pas forcément proportionnels à l’avancement de ta naissance. Il m’a quand même amené une robe pour que je commence à m’habiller. Je me suis assise sur la toilette pour mettre ce qui m’était aussi égal que n’importe quel bout de tissu: au diable la classe ou la fierté quand on est déjà couverte de sang et de sueur.

Par chance, ta grand-maman arrivait au même moment, car lorsqu’elle est entrée dans la salle de bain, précédée de Max, je voyais ta tête sortir entre mes jambes. C’était le bordel chez nous Vivi. Maori était encore dans la maison avec Cinthia, notre amie et voisine qui était venue en attendant que ma maman vienne le chercher. Max croyait qu’on s’en allait direction l’hôpital pour t’accompagner dans ce processus d’arrivée dans notre monde. Et moi. Que dire de moi Violette? Je criais Vivi : j’avais peur, j’avais mal, j’étais sous le choc. Ta tête sortait de moi et il n’y avait personne pour me dire ce qui se passait.

C’est ton papa qui m’a dit de me mettre à quatre pattes et tu es sortie d’une seule poussée, attrapée par ton père.

J’étais sous le choc, tellement sous le choc que je ne réagissais pas. Je n’ai même pas pu te tenir dans mes bras parce que tu étais encore liée au placenta par le cordon. Ce sacré placenta qui n’en finissait pas de me provoquer des contractions sans vouloir s’évacuer de mon ventre. Pour cette raison, tu demeurais couchée entre les mains de ta grand-maman, sans que nous n’ayons eu encore quelconque contact.

Ça peut sans doute sembler tellement banal, mais je reste prise avec cette idée que ton arrivée dans ma vie aurait dû être plus fluide, plus légère. J’ignore ce que tu as pu ressentir dans ton petit être ma Violette, mais moi, je regrette de ne pas avoir été davantage présente et disponible dans l’instant pour pouvoir prendre soin de toi immédiatement.

Dès que je t’ai tenue, par la suite, je suis retombée aussi amoureuse qu’il est possible de le vivre envers notre bébé, cet amour presque trop fort pour le supporter. Cette envie de te protéger, de prendre soin de toi pour toujours. Je t’aime ma Violette et j’imagine que d’écrire au sujet de cette naissance aura contribué à l’intégrer…presque un an et demi plus tard.

Je t’aime ma fille, tu as continué de vivre tout en intensité, comme je t’aime.