Je trouve ça dur. Surtout en ce moment. En ce mercredi matin, 8h30, il y a une belle tempête dehors, mais aussi une dans mon coeur. Je ne sais pas si je suis tout à fait en paix encore avec l’arrivée imminente de Laurier.

Je vous ai parlé du début de cette deuxième grossesse dans la Part 1, Part 2 et Part 3. Ça été Rock N’ Roll un peu comme début, puis ça s’est calmé. Je vous racontais dans le premier article que quand j’ai appris que j’étais enceinte, ça m’a pris une semaine avant de bien l’assimiler. Durant cette première semaine, j’ai pleuré. Je veux 3-4 enfants, je le sais depuis toujours et ça n’a pas changé. Mais à ce moment, je ne me sentais pas prête à faire une place à une autre personne dans mon coeur. Ça me déchirait de penser que j’allais devoir diviser mon coeur en deux. Tout le monde dit qu’il ne fait que grossir plus et je suis certaine que ça ne peut faire autrement. Cette pensée s’est rapidement dissipée et n’est pas revenue. Jusqu’à hier…

J’ai un peu le coeur brisé. Je pleure encore. Je pense qu’en général ce n’est pas une passe facile tout court, mais avec Roby c’est difficile. Il a commencé son terrible two très tôt on dirait. Juste ce matin, il m’a encore tapé au visage, lancé une bouteille de crème qui m’a d’ailleurs laissé une belle grosse marque boursoufflée sous l’oeil, il m’a pilé sur le sein qui, je croyais, allait exploser (pas besoin de vous rappeler la sensibilité, l’enflure et la grosseur des seins quand on est enceinte) et en plus il a abimé une belle photo polaroïd que Pierre-Étienne a prise de ma bedaine de 23 semaines à NYC. Un beau petit souvenir super simple, mais précieux puisqu’il est tangible et pas dans mon téléphone. Bref, Roby est vraiment une tornade depuis quelques semaines. Il fait des crises quand il n’a pas ce qu’il souhaite, il frappe constamment, il se révolte. Il a seulement 16 mois… Évidement, on tente par tous les moyens de ne pas se fâcher, parler fort et de lui expliquer plutôt, mais il ne comprend pas, il rit et recommence tout de suite. La patience n’est pas vraiment ma plus grande force et rien ne m’insulte plus que de me faire frapper au visage. Je sais bien qu’il tente simplement de verbaliser quelque chose, qu’il n’a pas de mauvaise intention et que les gestes sont sa seule manière de s’exprimer, ça reste qu’humainement, quand on a mal, ça s’extériorise par une hausse dans le ton de voix ou une réaction pas nécessairement positive. Bref, vous voyez un peu le portrait.

Je me suis donc endormie hier soir en pensant à l’arrivée de Laurier. Et j’ai pleuré. Et en écrivant ces lignes, je pleure encore. Roby a besoin de toute notre attention présentement parce que c’est peut-être aussi ça son message et ses révoltes? Qu’il a besoin de plus d’attention. On doit être à l’écoute et plus présent, pas juste physiquement, mais mentalement. C’est dur quand la routine est serrée, qu’il y a les repas, le bain, les courses, etc. On est là, près de lui, avec lui. Mais de s’arrêter et de vraiment vivre tout ça, ce n’est pas évident. Et de penser qu’une autre petite personne viendra prendre toute mon attention (presque), ça me fait de la peine pour lui. C’est encore mon petit bébé. Il est grand, je sais, mais dans mon coeur il a la même place. Et je sais que cette place devra inévitablement changer. Pas disparaitre ou être remplacée, mais elle changera assurément, du bébé vers le grand garçon. Je suis persuadée qu’il sera le meilleur grand frère. Parce qu’au fond, Roby a toujours été attentionné, affectueux et doux. Et je suis aussi certaine que tout se passera naturellement, que chacun de mes deux amours aura sa petite place dans mon coeur, dans ma vie, dans ma tête et qu’on trouvera un équilibre familial juste sain et bien parfait pour nous.

J’ai hâte que Laurier arrive. Je suis heureuse d’avoir un deuxième enfant et comme je disais j’en veux d’autres encore après aussi. J’ai hâte de revivre ces beaux moments, l’allaitement, les longues siestes des nouveau-nés, leur douceur, leur petitesse, leur odeur. Et je suis heureuse que Roby puisse être témoin de ça! Je sais aussi que mon sentiment qui est revenu sans crier gare va partir aussi vite qu’il est arrivé. Qu’il va partir à temps pour l’arrivée de Laurier, pour que je puisse en profiter au maximum. Mais je sais que présentement, la grossesse est difficile… Pas physiquement, mais mentalement. J’aime le sentir bouger, mais je n’ai pas de plaisir à être enceinte. Ouf. C’est difficile à écrire et probablement difficile à lire… J’ai comme un blocage… Et encore une fois, ça, ça me fait culpabiliser! Laurier mérite mon attention comme Roby et comme je l’ai été lors de la première grossesse. Il mérite que je caresse ma bedaine, que je lui parle. Parce que je l’aime déjà énormément, qu’il est voulu et attendu. Mais pour le moment, j’ai du mal à le faire. Je pense que j’essaie d’être le plus présente pour Roby possible avant que notre deuxième amour arrive. Je sais encore une fois que ça changera dans les prochaines semaines.

Je sais surtout que comme mère, on se met toujours beaucoup de pression. Être présente, mais s’écouter, assez stricte, mais pas sévère, materner, mais éduquer. Il y a toujours quelque chose pour culpabiliser. Au final, je dois encore me rappeler la phrase de ma mère qui est ma all time favorite : on est de bonnes mères parce qu’on fait toujours du mieux qu’on peut. Et faire notre possible, c’est déjà tout ce que ça prend.

J’ai hâte d’accueillir Laurier dans la famille, de voir Roby s’épanouir dans son rôle de grand frère, d’agrandir le clan Boivin. Je sais pertinemment que ça viendra avec des défis. Mais ça viendra surtout avec de grandes joies et beaucoup d’amour. Je me laisse donc le droit de vivre cette peine aujourd’hui, ce petit deuil, parce que la vie de maman, c’est ça aussi, plein de petits deuils comme mon amie Joëlle le dit. Le deuil et l’acceptation que mon bébé Roby grandit, que c’est la suite logique des choses et que le bébé deviendra Laurier, qui prendra sa place à lui et pas celle de personne d’autre. Que tous les petits blocs Tetris se positionneront là où ils doivent être. Que ce sera une belle partie bien réussie.

 

Crédit photo de couverture : la talentueuse Laurie-Anne Thuot lors de ma première grossesse